Simond de Chamonix

Robert Schwaller a été le premier à publier une l'histoire des Simond recueillie auprès de la municipalité de Chamonix. Son texte a été recopié, parfois mot à mot, publié en version papier sans le citer et sans approfondir le propos.

Nous allons essayer d’identifier les auteurs des marques et de préciser les dates d’installations dans divers hameaux.
La généalogie a été grandement facilitée par le travail remarquable des généalogistes Franck Canale et Françoise Semblanet.

Comme souvent, la recherche des fabricants s’effectue à partir de l’empreinte des marques sur les sonnailles. Elles ne comportent généralement que l’initiale du prénom qu’il faut recouper dans les actes d’état civil avec un patronyme qui exerçait une profession compatible, car à Chamonix, les fabricants de cloches sont rarement indiqués « fabricant de sonnettes », mais forgeron, maréchal [ferrand], ce dernier pouvant aussi être déclaré cultivateur et laboureur au gré des naissances de ses enfants.
Simon concerne 27 branches au XVIIIe siècle, orthographe qui disparaît, à quelques erreurs près vers 1800.

Simond est un nom très répandu dans la région, 124 branches depuis 1696 avec des couples qui engendrent entre six et dix enfants, parfois beaucoup plus.

L’histoire récente des frères Simond est bien connue. D’une part, parce que les derniers descendants sont les fabricants des fameux piolets Simond, aujourd’hui commercialisés sous cette marque par Décathlon, d’autre part, par un évènement tragique, la disparition dans un accident de voiture le 20 mars 1955 à Machilly (Haute-Savoie) des sonnetiers des Bossons et de leur famille.

Les papiers semblent contredire la légende selon laquelle les Simond auraient été collaborateurs de Michel Devouassoud, auteur de la fameuse marque MLD. On ne relève aucune union entre ces familles, Michel est marié avec Sophie Simond, mais elle est fille d’un meunier et d’une branche si éloignée qu’on ne peut la relier avec les sonnetiers.
On peut plus facilement imaginer que les Simond aient ajouté les sonnailles à leur production à une époque assez tardive où la mode d’ensonnailler les troupeaux s’est répandue sur les montagnes chamoniardes.

De 1640 à 1861, les descendants de Marie Mugnier et Bartholomé Simond demeurent au Lavanché et exercent les professions de laboureur et (ou) cultivateur.
Deux branches, cousins au sixième degré, ont fabriqué des sonnettes et des piolets, les Simond des Tines et les Simond des Bossons.

 

Les Tines
Mathieu Simond, cultivateur, décède aux Tines en 1861. Son frère, Pierre Tobie Simond (1823-1893), indiqué comme son voisin dans l’acte de décès, est le premier à changer de profession. Il exerce les métiers de cultivateur, mais aussi de maréchal-ferrant. En 1874, à la naissance de sa fille, il est toutefois domicilé au Lavanché ; son fils Auguste, menuisier, y décède en 1915. Pierre Tobie Simond est un des candidats à la marque T.SIMOND avec ou sans point derrière le T.

 

Son neveu, Edouard Simond, de six ans seulement son cadet, est maréchal en 1866, forgeron en 1897. Il réside au hameau des Tines, près de l’Arve, en 1873. Il est probablement l’auteur des sonnettes aux marques E.SIMOND et E.SIMON, la seconde peut-être pour se démarquer des Simond des Bossons.

Le moulin des Tines sur le Chemin du martinet est un bon candidat à l’emplacement exact de l’atelier.

Le Lavanché (distant d’1,5 km des Tines)
Tobie Simond (1814-1875) est maréchal-ferrant en 1866 lorsqu’il se marie à l’âge de 51 ans avec Marie Bossonney âgée de 47 ans. Ils n’auront pas d’enfant. Il peut aussi signer T.SIMOND avec ou sans point derrière le T.

 

Oncle et tante de Tobie, Frédéric Simond (1776-1835) et Marie Ducroz (1779-1818) sont à l’origine d’une dynastie de forgerons.
Auguste Simond (1816-1870), maréchal-ferrant pourrait être l’auteur de la marque SIMOND.A. Il décède au Lavanché.

Cristalliers et guides, selon Edward Whymper dans l’édition de 1873 d’« Escalades dans les Alpes, page 139 » (Scrambles Amongst the Alps) [entre 1860 et 1868] : « Le Col d’Argentière (3520 mètres) fut découvert par Auguste Simond, des Tines, tandis qu’il cherchait des cristaux ; il fut franchi la première fois, le 22 juin 1861, par lui et son fils [François Tobie né en 1844, seul trouvé], avec M. Stephen Winkworth et Tobie Simond [le meilleur candidat est Tobie (1814-1875), peut-être l’auteur des sonnettes T.SIMOND]. »

 

Les Bossons
Edward Whymper dit en 1873, page 120 : « Les ateliers de construction de MM. Simond frères, les fabricants de piolets, se trouvent aux Bossons, ils ont aussi une boutique à Chamonix, qui est la meilleure maison vendant des piolets à des prix modérés. » Cette information, semble recouper l’état civil qui ne mentionne l’habitation aux Bossons qu’en 1891. Mais les actes précisent rarement l’adresse exacte.

Jean Michel Simond est laboureur, domicilié au village des Nants en 1861. Ses trois enfants sont forgerons en 1891 et 1892. Ils sont installés au hameau des Bossons, près de l’Arve, en 1896 et 1897.
L’ainé, Adolphe Simond (1854-1934) affirme sa signature avec S.ADOLPHE CHAMONIX.


et associé à ses frères,
Michel (1861-1933) qui se convertira en hôtelier et
François Joseph (1867-1946) futur fabricant de piolets :
A.S. & Fres  A CHAMONIX sous une vache devant une maison

 

Une marque usée A.SIMOND&F?? A CHAMONIX pourrait être A.SIMOND&Fils. Sous une vache ensonnaillée suivie d’un berger qui joue du cor, elle démontre l’ancienneté de cette illustration qu’on fait habituellement remonter à son fils Rodolphe.

 

Seul, il signe A.SIMOND A CHAMONIX autour d’un lion.
L’ordre d’apparition des signatures reste à déterminer.

 

 

Son fils Rodolphe (1892-1955), forgeron aux Bossons en 1924, signe SIMOND CHAMONIX sous la vache et le sonneur de cor. Il a aussi fabriqué des campanes et des formes anciennes semblables à celles d’Oreiller à Bagnes. Son fils René travaillait avec lui.

 

Le dimanche 20 mars 1955, au passage à niveau de Machilly (74) resté ouvert, le seul placé sur l’itinéraire Annemasse-Thonon,  une locomotive heurta leur voiture à 80 km à l’heure tuant 7 personnes : Rodolphe et Ernestine, Yvonne leur fille de 28 ans, René leur fils et sa femme Marie-Louise, Lysiane leur petite-fille ainsi que Louis Lanovaz, 28 ans employé des Ponts et chaussées à Chamonix.

 

Son frère Florus (1897-1963), forgeron, est comptable en 1937. Selon une tradition orale reproduite par écrit que nous n’avons pu vérifier et qui mérite la plus grande prudence compte-tenu des erreurs qui circulent, à la retraite (58 ans ?), il aurait repris l’activité, avec le contremaitre Marcel Cachat-Rosset, jusqu’en 1967. Or, Florus est décédé en 1963 (information figurant dans la marge de son acte de naissance). Ils seraient les auteurs des petites sonnettes allant jusqu’à 8/0 comportant une marque grossière imitant la précédente.

 

La marque comportant un chamois serait aussi l’œuvre d’un Simond.

 

La ruine de l’atelier, toujours visible aux Bossons, montre une construction bien en retrait de l’Arve, sans doute pour éviter les crues. Un tuyau amenait l’eau vers une roue à aube qui faisait fonctionner la soufflerie de la forge. Selon Eliane Pelloux-Ravier, le magasin et l’habitation étaient situées dans les deux chalets actuels.

 

François Joseph Simond, qu’on appelait François, est fabricant de sonnettes en 1922. Il développe son activité vers le matériel de montagne. Il signe ses piolets FRANÇOIS SIMOND & FILS/CHAMONIX MONT BLANC avec une tête de chamois entouré de gentianes.

 

Son fils Claudius (1905-1984) signe CLAUDIUS SIMOND/CHAMONIX-MONT-BLANC avec le même chamois que François.

Ludger Simond a continué et développé l’activité. En 2004, il a vendu l’entreprise à Wichard, forgeron français leader mondial de l'accastillage, qui a cédé la partie montagne à Décathlon en 2008. Le matériel continue à être commercialisé sous la marque SIMOND.

ludger


Les sommes exorbitantes atteintes par certaines sonnettes Simond ne permettent pas au chercheur de les posséder. Merci aux collectionneurs qui nous permettent toujours de photographier l’objet de notre passion commune pour permettre d’en rechercher l’histoire.